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Anne-Marie Sicotte







Qui est "

Anne-Marie Sicotte

"


Anne-Marie Sicotte Après des études en histoire et quelques années de journalisme, Anne-Marie Sicotte se consacre à l'écriture sous de multiples formes. Passionnée par la découverte du passé, elle a publié deux importantes biographies, celles de Marie Gérin-Lajoie et de Gratien Gélinas, en plus de s'intéresser à la photographie ancienne. Mais la fiction l'interpelle depuis fort longtemps et, en 2003, elle publiait un premier roman, Les amours fragiles.




Ses oeuvres :



Anne-Marie Sicotte - La fierté

VLB ÉDITEUR
Prix avant taxe:
32,94$ CAN
Anne-Marie Sicotte - La révolte

VLB ÉDITEUR
Prix avant taxe:
32,94$ CAN
Anne-Marie Sicotte - Femmes de lumière

FIDES
Prix avant taxe:
16,44$ CAN
Anne-Marie Sicotte - Les accoucheuses

VLB ÉDITEUR
Prix avant taxe:
98,83$ CAN
Anne-Marie Sicotte - La déroute

VLB ÉDITEUR
Prix avant taxe:
32,94$ CAN




Son entrevue :



Découvrez une auteure passionnée par la vie des femmes accoucheuses au 19e siècle. La série "Les accoucheuses" vous en apprendra beaucoup sur les moeurs de cette époque !

La date de l'entrevue : 4 décembre 2007

Née au sein d'une famille d'écrivains, vous avez obtenu un baccalauréat en histoire et en anthropologie et avez ensuite poursuivi des activités journalistiques au sein de plusieurs revues et journaux.
Vous avez publié une biographie de votre grand-père, Gratien Gélinas et une de Marie Gérin-Lajoie.
Qu'est-ce qui vous a motivée à écrire une biographie de votre grand-père ?


Je crois que le premier élément déclencheur est un besoin très personnel, soit celui de connaître mieux cette famille dont j'étais issue et dont le pilier en était Gratien Gélinas. Ma mère, sa fille aînée, venait de mourir et pour connaître cette femme secrète, je me suis plongée dans son journal personnel. Cela m'a poussée à poursuivre l'exploration du côté de son père, que je voyais vieillir. Je craignais qu'il ne disparaisse en emportant à jamais sa mémoire. Lorsque j'ai accumulé toutes les entrevues avec lui que j'ai pu, lorsque j'ai mis le nez dans ses archives extrêmement intéressantes, je n'ai pu faire autrement que de me laisser emporter dans ce projet, qui était très ambitieux pour moi qui n'avais jamais effectué une recherche aussi étoffée.

Passionnée de photographie, vous avez publié des ouvrages illustrés tels que « Quartiers ouvriers d'autrefois 1850-1950 » ou « Femmes de lumière : les religieuses québécoises avant la Révolution tranquille ».
Cette passion vous influence-t-elle dans votre travail d'écriture ?


Dans mon travail d'écriture, je ne sais pas, mais cela m'influence certainement dans le regard que j'ai sur le passé. Ce qui m'intéresse principalement dans l'Histoire, et je pourrais même dire presque uniquement, c'est l'humain ; comment il vit, comment il réagit aux tensions et les enseignements que l'on peut en tirer sur la psychologie humaine. L'étude de l'Histoire est un formidable laboratoire de psychologie. Mon goût pour la photographie ancienne tire donc son origine dans ma fascination des visages du passé et des paysages presque fantastiques qui les entourent. J'apprécie également ces photos pour leurs qualités esthétiques intrinsèques : beaucoup sont de véritables oeuvres d'art, non seulement de par leur composition mais de par l'expression des visages.

En 2006, vous avez sorti le premier tome (La fierté) d'un nouveau roman qui s'inspire de l'histoire des sages-femmes au Québec au 19e siècle, Les Accoucheuses. Vous venez de sortir le 2ème tome de cette saga, La révolte. Pourquoi avoir choisi ce thème et cette époque ?

C'est une longue histoire que je vais essayer de résumer. L'étincelle de départ, quand mes personnages de sages-femmes se sont incarnés dans ma tête, s'est produite au moment où j'écrivais la biographie de la féministe Marie Gérin-Lajoie. Elle et toutes les femmes fortes qui lui gravitaient autour m'ont donnée le goût de tracer le destin fictif de deux accoucheuses de cette époque, grâce auxquelles je plongerais dans la réalité du 19e siècle et des difficultés que rencontraient les femmes. Pourquoi ai-je choisi ce métier ? La question des empêchements au libre travail était dénoncée dans le discours de Mme Gérin-Lajoie et de ses compagnes comme fondamentale et lourde de conséquence dans les conditions de vie des femmes. Il me fallait donc mettre en scène des femmes dont le métier, jusque là valorisé, serait déclassé. Quoi de mieux que la sage-femmerie, usurpée par les médecins au cours du siècle ?

L'idée de ce roman existait-elle depuis longtemps dans votre tête ?

Je crois qu'elle y existait depuis les années 1980, alors que j'étais très sensible aux revendications des sages-femmes du Québec qui exigeaient de retrouver leur place auprès des femmes et dans le système de santé. Alors plutôt révoltée par les excès de notre civilisation, je me passionnais pour le côté « simplicité volontaire » de cette remise en question. J'étais, et je le suis encore, indignée par la surmédicalisation et la « technologisation » d'un acte pourtant naturel. J'étais, et je le suis encore, persuadée que cette infantilisation des femmes, cette dépossession, entraîne bien des maux (recours exagéré à la césarienne, à l'épidurale...). Mais c'est un débat qui suscite bien des élans passionnés...

Vous avez dû effectuer de nombreuses recherches pour écrire ce roman. Comment avez-vous procédé ?

Une partie des recherches s'est effectuée pour la rédaction de Marie Gérin-Lajoie : Conquérante de la liberté. J'ai ensuite identifié des pistes. La première, la plus fondamentale sans laquelle le roman n'aurait pu voir le jour, concernait l'histoire de la sage-femmerie et sa lutte au corps à corps avec la science médicale. J'ai ensuite élargi mon champ d'observation à la place des femmes en général dans la société du 19e siècle et au discours médical les concernant. Il m'a fallu ensuite élargir encore : médecine, religion et société, urbanisation, développement des villes... Il va s'en dire que je n'étais pas une novice dans ce domaine, sans quoi l'ampleur de la tâche m'aurait découragée. Depuis vingt ans, j'ai pu me familiariser avec le 19e siècle québécois et les chambardements qu'il a suscité dans la société.

Les deux héroïnes de cette saga, Léonie et Flavie, mère et fille sont sages-femmes. Elles vont devoir aller à contre-courant de la société sclérosée de l'époque pour réaliser leur dessein, celui d'accoucher les femmes. Où avez-vous puisé l'inspiration pour vos personnages ?

J'avais une intention féministe en écrivant ce livre : mettre en scène des femmes d'action, des femmes qui se battent pour changer un ordre des choses qui ne leur convient pas. Les personnages de femmes réelles que j'ai découverts en fouillant l'époque de Marie Gérin-Lajoie m'ont certainement influencée. Mon propre malaise concernant ma difficulté à correspondre à l'image actuelle qu'on se fait des femmes a aussi joué. Depuis mon adolescence, je sens circuler en moi une énergie « mâle », une envie de combattre certaines aberrations, qui trouve difficilement son exutoire. En fait, j'ai en moi les deux côtés, femelle et mâle, bien tranchés et j'ai toujours eu de la difficulté à les concilier parce que j'avais l'impression d'être à part, d'être différente du discours dominant que l'on retrouve dans les représentations collectives de la féminité socialement acceptable. J'ai incarné cette dualité en Flavie et Léonie.

Comment décririez-vous ces 2 personnages en quelques mots ?

Ce sont des jouisseuses et des ambitieuses. Des femmes qui savent assez précisément ce qui leur fait plaisir et qui ne peuvent concevoir que ce plaisir légitime en indispose certains. Elles ont des désirs charnels assez puissants et qui s'expriment librement. Elles ont également le désir de contribuer au bien-être collectif dans la mesure de leurs compétences, c'est-à-dire leur métier de sage-femme. Elles ont une intelligence que l'on qualifierait aujourd'hui de normale mais plusieurs, dans la société de l'époque, croient les femmes mal logées à cette enseigne...

Si vous aviez vécu à cette époque, auriez-vous pu être l'une d'elles ?

Sans doute, puisque le métier de sage-femme exerce sur moi une grande fascination. Sans doute aussi parce que les injustices m'indisposent et que le combat de mes héroïnes se résument à ceci : la lutte contre l'injustice criante qui se manifestait envers les femmes et la place qu'on leur accordait dans le monde d'alors.

Si l'on compare la situation des sages femmes au 19e siècle et celle des sages-femmes aujourd'hui, que diriez-vous ?

Elle est à la fois différente et semblable. Différente parce que le savoir des sages-femmes n'est plus le même. Je me suis familiarisée avec la pratique des accoucheuses du 19e siècle et j'ai constaté que leur science était beaucoup plus large que maintenant, au niveau des gestes qu'elles effectuaient en cas d'accouchement laborieux notamment.
L'establishment médical d'aujourd'hui pousserait de hauts cris si une sage-femme se permettait la même chose... Mais leur situation est semblable au niveau de la lutte constante qu'elles doivent effectuer contre la science médicale.

Dans une entrevue avec l'autjournal.info en juillet 2005, vous avez dit « Son histoire (celle de Marie Gérin-Lajoie) m'a fait prendre conscience que les jeunes femmes d'aujourd'hui, moi y compris, avons tendance à prendre pour acquis les droits dont nous jouissons, gagnés grâce à l'acharnement et aux luttes incessantes menées par les militantes de première heure. Nous oublions parfois que ces acquis sont encore récents. Ne serait-ce que le droit de vote obtenu au Québec en 1940. »
Pensez-vous que les femmes d'aujourd'hui sont démotivées dans leur combat pour l'acquisition de droits, l'amélioration de leur sort ?


Elles ne sont pas tant démotivées qu'ignorantes. Malheureusement, l'Histoire telle qu'enseignée dans nos écoles se cantonne encore trop à l'événementiel, aux grandes dates et aux grands hommes. Elle ignore ce qui passionne pourtant les jeunes (et les autres) : les conditions de vie, les moeurs, les tensions sociales. Les femmes d'aujourd'hui ne savent pas comment leurs aïeules vivaient. Si la situation était différente, je vous assure que la fibre féministe résonnerait bien davantage en chacune de nous !

À quoi travaillez-vous en ce moment ?

Au troisième et dernier tome de ma trilogie, bien sûr, si je veux pouvoir l'offrir à mes lectrices en automne 2008. Des idées pour un futur roman mijotent également. Ce sera probablement une suite, puisque ma manière de communiquer est large... Je ne peux pas écrire bref ! Mais avant d'écrire une nouvelle série, je vais me donner une pause pour entreprendre ma recherche mais aussi me consacrer au centième anniversaire de naissance de Gratien Gélinas, en 2009, pour lequel j'ai un projet de livre d'images.

Pour terminer, quel message voudriez-vous lancer aux lecteurs ?

Encourager les auteurs québécois ! Ceux et celles des autres pays n'ont pas besoin de vous pour vivre, mais nous, oui ! C'est seulement en écrivant sans relâche que j'ai réussi à atteindre le niveau où je suis actuellement. Aurais-je pu écrire en vase clos pendant trente ans ? La réaction du public est essentielle pour nous forger en tant qu'auteur, pour nous mettre sous le nez nos forces et nos faiblesses. Et pour écrire, il faut pouvoir en vivre ! Si nos éditeurs ont une grande responsabilité à ce niveau (de meilleurs droits d'auteurs), le public lecteur en a une très grande également.


Anne-Marie Sicotte en 5 questions :

Le livre qui vous a le plus marqué ?
Je fouille et je ne trouve pas... Le roman social du 19e siècle (Zola, Jane Eyre, ...) mais également quelques auteurs québécois (Gabrielle Roy) et bien d'autres.

Le mot le plus savoureux de la langue française ?
Je ne saurais en identifier un, mais comme je fais des recherches sur la langue telle qu'elle était parlée au 19e siècle, je tombe sur de magnifiques archaïsmes que j'intègre, si possible, dans la trilogie : déboutonner (dire ce qu'on pense), écrapoutiller (écraser), mauvaiseté (méchanceté), bourasser (gronder), tricoter (chanceler quand on est ivre)...

Votre plus beau souvenir d'enfance ?
Fiou... C'est une mosaïque dont il est difficile d'extirper une pièce précise. Sans doute que les étés passés en liberté sur le vaste terrain de mon grand-père, où la nature sauvage et une rivière étaient toute proches, viennent en tête de liste.

Un animal qui vous ressemble ?
Je ne suis pas très bonne en psychologie animale. Je préfère les plantes et les fleurs. Quand même, nous avons un chat, Fripon, que j'aime bien.

La chose que vous cuisinez le mieux ?
Les salades. Il n'y a pas de cuisson, mais une certaine préparation !
J'adore en particulier le mélange de laitues provenant de mon potager au début de l'été, je pourrais en manger un grand bol tous les jours. Quand j'étais enceinte, mon goût qui était exacerbé, c'était celui de la vinaigrette maison.



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